Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels les hôpitaux sont confrontés dans la gestion du codage et de la facturation ?
Les hôpitaux subissent déjà une pression financière considérable, indépendamment même du codage. Le contexte est particulier puisque les médecins agréés sont en quelque sorte leurs premiers clients, ce qui les oblige à leur offrir un cadre de travail favorable plutôt que de les surcharger de tâches administratives. Le codage médical est devenu, au fil des années, la clé pour émettre une facture. Il constitue donc un levier direct sur les revenus de l’établissement. Même avec la Sécurité sociale et les financements publics derrière eux, les hôpitaux restent soumis à une tension budgétaire réelle, et le codage transforme la documentation médicale en actes facturables, ce qui en fait un rouage absolument central.
Est-ce cette évolution qui explique le passage de Swisscoding d’un simple rôle de prestataire à celui d’acteur structurant du back-office hospitalier ?
Nous n’avons pas créé cette activité en pensant qu’il s’agissait d’une niche séduisante, bien au contraire, le codage médical reste une matière administrative complexe que peu de personnes savent réellement maîtriser. C’est souvent une boîte noire pour les hôpitaux eux-mêmes, gérée par d’anciens infirmiers ou des médecins possédant à la fois une connaissance clinique et une bonne maîtrise du système de codage. Nous sommes partis des besoins concrets des établissements, en commençant par ce sujet crucial, avant d’élargir naturellement vers la documentation, la facturation hospitalière et tout ce qui entoure l’acte de codage.
En quoi votre outil IA CODY se distingue-t-il des solutions d’automatisation classiques ?
La différence tient au fait que Cody est aujourd’hui, à notre connaissance, le seul outil capable de coder de manière complètement autonome. En tant que plus grande équipe de codage médical en Suisse, nous générons des volumes considérables pour des dizaines d’hôpitaux, ce qui nous a permis de tester de nombreuses solutions d’intelligence artificielle. Nous avons constaté qu’elles restent de simples outils d’assistance, qu’il faut relire, corriger, surveiller, ce qui ralentit finalement les équipes sans apporter de valeur ajoutée sur le montant facturé. Lorsqu’IBM nous a approchés pour développer un outil, nous avions déjà posé une condition claire : ne construire quelque chose que si le codage pouvait devenir réellement autonome, même sur une part limitée des cas. Aujourd’hui, environ un tiers du travail dans un centre hospitalier classique peut être délégué à Cody, et cette proportion dépasse largement la moitié dans les cliniques spécialisées en ce qui concerne les cas d’hospitalisation. Pour les cas ambulatoires, c’est la quasi-totalité du travail qui est fait automatiquement en arrière-plan par Cody sans aucune intervention humaine.
Comment envisagez-vous la future répartition entre intelligence artificielle et expertise humaine ?
Nous sommes passés par plusieurs phases, du scepticisme initial à une véritable inquiétude chez nos codeurs et ceux de nos clients, qui craignaient de perdre leur emploi. Je pense que c’est inexact. Ce qui va disparaître, c’est la partie répétitive du métier, ces milliers de cas standardisés qui se codent toujours de la même façon. L’humain se concentrera sur les cas atypiques, et le métier deviendra plus interactif, plus spécialisé, avec davantage d’échanges entre les techniciens d’information médicale et les médecins pour améliorer la qualité de la documentation en amont. Loin de détruire des emplois, cette évolution devrait permettre de traiter davantage de dossiers et donc, potentiellement, d’en créer.
Vers quoi voulez-vous faire évoluer CODY dans les deux prochaines années ?
Rapidité, précision et large champ d’application constituent une évolution technique presque naturelle. Mais la vraie rupture se situera dans l’instantanéité. Cody peut déjà fonctionner en temps réel pendant l’hospitalisation, dès qu’une note médicale ou un résultat de laboratoire est ajouté au dossier. Cela permet d’anticiper le parcours du patient, d’optimiser la sortie et de libérer des lits plus rapidement. Chaque nuit d’hospitalisation représente un coût important pour l’établissement, sans compter les risques associés à un séjour prolongé, notamment infectieux. Nous ne jouons donc plus seulement sur le revenu, mais aussi sur les coûts, ce qui change complètement l’ampleur de l’impact.
Quelles garanties apportez-vous en matière de sécurité des données ?
Notre ancrage historique en Suisse implique un cadre légal extrêmement strict, comparable à celui du secret bancaire. Toute défaillance dans le traitement des données patients relève du droit pénal, et j’en porterai personnellement la responsabilité en tant que CEO. Notre approche repose sur trois piliers. D’abord, les données restent traitées dans des centres de données situés au plus près de l’hôpital, jamais à l’étranger, grâce à des modèles d’intelligence artificielle installés localement. Ensuite, avant même d’être transmises à Cody, elles sont pseudonymisées, de sorte qu’aucun lien ne subsiste avec un patient, un médecin ou un établissement identifiable. Enfin, nous disposons d’un ensemble de certifications permettant des audits réguliers, des tests d’intrusion et un suivi rigoureux, accessible aux hôpitaux comme aux autorités de tutelle.
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